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Woche #11


20/09/04. Arrivée à Varsovie dans la soirée. Les immeubles ont des dimensions staliniennes. Mais on sent que l'Europe est là : carrouf, géant, castorama, décathlon s'affichent en 4x3m. Et dans le bus qui nous amène au centre-ville, on imagine l'enthousiasme des responsables de ces enseignes quand ils sont venus prospecter ce marché émergent : les gens ne sont pas couverts de marques de la tête aux pieds. Une early-adopteuse locale avait seulement une montre swatch. Ils vont bientôt comprendre ce qu'est le libéralisme !

21/09/04. L'ancien siège du parti communiste, aujourd'hui ironiquement transformé en centre international des finances. Toute une partie de la ville regorge de bâtiments aux formes pesantes et répétitives comme celui-ci. Ils laissent peu à peu la place à des bâtiments à l'américaine à l'air désespérément bon marché.

21/09/04. Stare miasto, la vieille ville de Varsovie, offre un tout autre visage : les maisons y sont colorées et à taille humaine. Pourtant, tout fut détruit en 44 après le soulèvement des habitants contre l'occupant, et reconstruit à l'identique en 45. Le puriste n'y trouvera aucun intérêt puisque rien n'est authentique ni vieux de plusieurs siècles, mais cela est purement conceptuel, car rien ne permettrait de le deviner si on ne le savait pas.

21/09/04. On déjeune dans un bar mleczny (bar à lait) près de l'université. Ces restaurants bon marché (15ff a deux) servent des soupes de betteraves ou de concombres et des plats traditionnels comme des pirogi, des gros raviolis aux champignons ou au fromage.

21/09/04. Le museum narodowe, musée national, est un autre joli bâtiment imposant et parallèlipipèdique. Il accueille en ce moment une expo sur l'influence des peintres de la renaissance italienne sur les ecoles allemande, flamande et hollandaise. Il fait largement jeu égal avec les musées des grandes capitales un peu partout.

21/09/04. Petit tea-room branchouille : le chadò. Dans la chope brune, une pinte de piwo locale, double fermentation, savoureuse : de la dobre mocne, et derrière les chrysantèmes, une herbata lapsang souchong pas locale du tout, puisque la branchouillitude n'a pas de frontières. Nous finissons la journée en allant nous annoncer à la conf. En soupant dans un bar mleczny, nous faisons la connaissance de Mariusz, prof de géométrie algébrique à Berkeley (!) qui profite d'un congé sabbatique pour renouer avec ses origines. Bien pratique pour nous guider dans les méandres du menu. Et en plus il parle breton et d'autres langues bizarres.

22/09/04. Il était temps que quelqu'un propose de nouveaux "image classifiers for scene analysis". C'est chose faite depuis ce matin. Une jeune chercheuse au nom imprononçable semble subjuguée au premier rang, et c'est à elle que l'on doit cette photo.

22/09/04. L'institut nippo-polonais accueille la conférence internationale de vision par ordinateur et de graphiques. C'est très bien organisé, c'est à dire qu'il y a du jus de fruit à volonté et accès à l'Internet, et c'est tout ce que demande le peuple.

22/09/04. Le soir, récital de piano : Chopin (chopinetto mio comme dirait Berlioz) est la gloire locale, et on nous joue une nocturne et quelques mazurkas. Après, du vin bulgare est servi pour que les conférenciers socialisent.

23/09/04. Deuxième jour de conférence. Moi et la jeune chercheuse au nom imprononçable (Soyzzich ??) nous rendons dans la vieille ville, dans un restaurant en face de la Syrena. C'est la qu'a lieu le repas de gala. Les champignons venaient peut-être de la forêt comme nous l'avait annoncé une jeune femme du registration desk avec des étoiles dans les yeux quand elle en parlait, mais au final c'était moins exotique que dans nos bars à lait.

24/09/04. Le centre-ville non reconstruit à l'ancienne est dominé par le palais des sciences et de la culture, cadeau de Staline à la Pologne qui n'en avait que faire, et qui l'appelle "cadeau de mariage" en riant jaune. C'est le dernier jour de conf, et comme souvent c'est un peu la débandade. Nous posons plein de questions pour avoir l'air de chercheurs importants. Nous pouvons dire que nous avons optimisé : nous connaissons la majeure partie de la communauté française présente (et elle était conséquente, donc ce n'est pas rien), et avons parlé italien et allemand (ok, 3 mots).

25/09/04. On retourne vers le musée national pour y voir les collections permanentes. Elles sont un peu entassées, mais les oeuvres d'art religieux polonais sont impressionantes : triptyques et statues à foison, un peu plus naïf que l'équivalent italien. Sinon ce sont surtout les galeries franco-italiennes qui valent le détour : les (beaucoup plus nombreuses) galeries polonaises ont souvent pour seul avantage l'exotisme des paysages (enfin il neige, quoi).

25/09/04. Nous descendons ensuite via l'ancienne voie royale vers le chateau Ujadowski, ancienne résidence royale, puis hôpital, et qui abrite de nos jours le centre d'art contemporain (stuki wspolczesnej - et oui, "wspolcz", c'est dur à prononcer...). On y visite une rétrospective des tableaux de Gerhard Richter, apôtre de l'hyperréalisme passé à l'art abstrait (plus facile et également rémunérateur, il aurait tort de se priver), ainsi qu'un éventail plutôt plus que moins réjouissant de la production polonaise contemporaine.

25/09/04. Après nous mangeons dans le restaurant "artistique" du chateau, conseillé par Mariusz, où le chef (japonais, c'était un minimum) design chaque plat comme une oeuvre artistique. La clientèle est un mélange de jeunesse internationale (le genre qui s'habille à Milan) et de polonais chapeautés et aisés. Ironiquement, notre salaire occidental nous donne accès à ce genre d'endroits. Et il est bien agréable de grignoter ses fraises et ses nalesniki (kampoerz, en breton) en observant la plaine jusqu'à la Vistule.

25/09/04. Nous descendons enfin vers le parc Lazienski, qui abrite de nombreuses résidences royales, des écureuils, des paons, un monument à la gloire de Chopin, des bouquinistes (oui, il fallait en parler quelque part, les Polonais savent lire, il y a plein de librairies partout, à peu près autant que de voitures tunées en Suisse - chaque nation a ses priorités). Et il y a un amphithéatre, que voici. Ceci est d'ailleurs un pastiche d'une photo de Hartwig, photographe polonais exposé au Musée National.

25/09/04. dobre mocne au chadò, on ne se refait pas. C'est la partie "exploitation des découvertes heureuses" du séjour.

26/09/04. Le dimanche matin, on va à la parade des différentes armes : ils sont si bien alignés. Cela doit être jour de fête nationale, les bus portent des petits fanions et hier soir il y avait de la musique dans les rues.

26/09/04. Le château royal, dans la vieille ville : il n'en subsistait que la porte cochère en 1944. La place zankowsky est dominée par la statue de Sigismond Vasa, roi polonais d'origine suédoise qui avait déplacé la capitale de Cracovie à ici pour se rapprocher de sa famille (les mêmes Vasa que ceux de la vasalopett).

26/09/04. Avant de repartir vers l'aéroport, on prend une assiette de zupa ogorkowa (2.50ff pièce...) dans le bar à lait près de l'université, et l'on fait nos emplettes de vodka chopin dans un delikatesy.